
Un jour, Edgar se réveilla, et il était seul.
D'habitude, lorsqu'il se réveillait, Mélissa accourait pour lui faire des câlins, Albert était là pour lui apporter un bol de lait qu'il buvait toujours au lit, et les dimanches, dans un biberon.
Mais ce matin, il était tout seul. Il commença alors à s'énerver, même si quelque chose lui disait que tout ceci n'était pas normal. Il patienta quelques minutes dans son lit, pour essayer de comprendre où sa suite avait bien pu aller. Il renifla pour tenter de deviner le bol de lait chaud derrière le baldaquin, ou pour reconnaître le parfum fleuri de Mélissa, mais rien. Juste une vague odeur de poussière. Contrarié, il réfléchissait. L'idée lui vint alors que ses compagnons aurait pu être en train de lui préparer une surprise! Cela faisait au moins 1 mois qu'on avait pas essayé de le divertir par une surprise, un nouveau jeu, et se rassura un peu. Il attendit, et guetta, en silence, quelque chose qui aurait pu le mettre sur la voie. Un bruit, un craquement de porte, les pas feutrés de quelqu'un qui essayerait d'être discret, mais toujours rien. Il n'entendait qu'un silence lourd, et anormal. Ce genre de silences si vides et dénués de tout signes qu'ils vous font vous imaginer des scénario des plus atroces.
Il prit alors son courage à deux mains, et décida d'aller vérifier ce qui se passait vraiment.
Il se pencha de son lit à baldaquin, écarta le coin rideau et entrouvrit le volet qui se trouvait juste derrière.
Et faillit tomber du lit.
Dehors, son beau parterre et sa volière était totalement en ruines. Comme si, en l'espace d'une nuit, c'étaient 300 ans qui s'étaient écoulés. Le jardin n'était plus qu'une immense forêt de hautes herbes, chiendent et ronces. Sa belle volière au centre du jardin était à moitié détruite, l'escalier écroulé au pied de la petite tourelle. Les douves quand à elles étaient complètement vides.
Edgar fut alors pris de panique. Oubliant sa tenue peu décente, il sortit de son lit à baldaquin, pour découvrir sa chambre, dans un état similaire. Tout était recouvert de plusieurs centimètres de poussière, le magnifique tableau de Vénus et Vulcain qu'il venait d'acheter à un grand atelier italien était tout craquelé, recouvert lui aussi de poussière. D'immenses toiles d'araignées se tendaient entre les chaises, les malles, les tables et les guéridons.
Terrifié, il se blottit au fond de son lit, ferma les rideaux de son grand lit à baldaquin, et attendit.
Qu'attendit Edgar ce jour là? Même lui ne le sait pas. Peut-être la fin de ce cauchemar, peut-être sa suite, ses domestiques et ses valets qui viendraient lui annoncer la fin du jeu. Mais rien ne vint. Le silence se faisait de plus en plus lourd, et Edgar ne comprenait toujours pas.
Après avoir passé 3 jours blotti au fond de son lit, la faim au ventre et le vague à l'âme, Edgar se décida enfin à sortir pour de bon.
Ne trouvant que de la poussière de vêtements dans sa garde-robe, il se résigna à rester en costume de nuit pour aller manger, bien que cette pensée lui fût insupportable. Il descendit dans les cuisines dans l'espoir d'y trouver quelque chose à manger, mais bien sûr, elles étaient tout aussi vides.
Ne sachant plus que faire, Edgar décida alors de se mettre en route. N'ayant plus aucune affaire à rassembler, il partir immédiatement. Se retourna une dernière fois pour apercevoir son château, et s'enfuit.
Dehors, tout était si étrange. Mais Edgar avait déjà vu tant de choses qu'il ne comprenait pas qu'il ne réussissait même plus à être surpris. Des engins gris, brillants, et faisant un vacarme terrible passaient devant son château à toute allure. Le chemin qui autrefois conduisait à l'abbaye était couvert d'une matière dure et foncée, qui traçait le chemin de façon nette et précise.
Ne sachant que faire, ni où aller, il se mit en route, sur cet étrange chemin, comme tracé pour suivre sa nouvelle destinée.
Mais Edgar était toujours terrassé par la faim. Il n'avait rien avalé depuis 3 jours et la marche le fatiguait beaucoup. Il décida donc de marcher jusque chez les moines de Cluny où on lui donnerait certainement de quoi se sustenter.
Les engins bruyants et plus rapides encore que des chevaux au galop ne cessaient de le dépasser en l'effrayant chaque fois un peu moins. Puis, alors qu'il s'approchait de lui, l'un de ces engins ralentit, et s'arrêta devant lui. Un carré de verre disparu comme par magie et un homme, habillé de bien étrange manière lui dit:
- "Vous allez à Taizé?"
Edgar ne savait que répondre. Tout d'abord, il se sentait extrêmement mal à l'aise à cause de sa tenue. Mais la tenue de cet homme n'était pas plus convenable. Enfin, il ne comprenait pas pourquoi cet homme lui proposait d'aller à Taizé. Mais désespéré, il répondit:
-"Je n'ai pas mangé depuis 3 jours, mon château est désert et je ne sais plus vraiment si je vis encore dans la réalité. Je souhaiterais demander l'hospitalité des moines de Cluny pour quelques jours."
-"Les moines? Mais y'a plus de moines à Cluny!"
-"Plus de moines? Que leur est-il arrivé?"
-"Mais? Vous débarquez de quelle planète? Montez vite, on en discutera après, je suis en plein milieu de la route."
Edgar se demandait comment il allait bien faire pour monter sur le dos de l'engin et surtout d'y rester sans tomber sans rennes auxquels s'accrocher, vu la vitesse à laquelle il avançait. Mais il vit comme une porte s'ouvrir, et comprit qu'il pouvait s'assoit sur le petit siège, à coté de l'homme. Autour de lui, c'était une multitude de petits symboles, de petits carrés noirs, certains comportant un petit point lumineux au centre. Ils étaient tous les deux protégés par une grande vitre qui leur évitait d'être gênés par le vent et les moucherons. À L'intérieur, tout était étrangement calme. Edgar pensait que c'était une si belle invention que cet espace fermé qui avançait tout seul, même s'il ne comprenait pas comment il pouvait avancer aussi rapidement.
Quelques heures plus tard, Edgar et Yves avaient fait connaissance. Tous deux se trouvaient mutuellement bien étranges mais ils avaient réussi à passer outre les habitudes bizarres de chacun. Yves avait montré à Edgar ce qu'il restait de l'abbaye, de la grande église. Edgar lui avait montré où se trouvaient le cloître, la salle capitulaire. Ni l'un ni l'autre ne comprenaient d'où ils venaient réellement mais avaient accepté sans posé de questions.
Au bout de quelques heures, quand Edgar avait mangé (un pain rond et creux rempli de légumes, de viande d'agneau et d'une sauce qu'il n'avait jamais goûté avant), Yves lui proposa de lui acheter de nouveaux vêtements. Edgar bondit de joie. Il avait oublié qu'il était encore en pyjama et était ravi de pouvoir se trouver de nouveaux collants, une nouvelle culotte et surtout de nouvelles bottines (les siennes étaient bien vieille maintenant).
Mais les habits que lui trouva Yves n'étaient pas du tout ce à quoi il s'attendait. À la place de ses collants et de sa culotte, il était vêtu d'un gros collant large à toile épaisse. En haut, il portait comme une tunique de tissu extrêmement fin et doux, qui se boutonnait devant, comme un vêtement de nuit. Par dessus sa tunique, il avait un manteau court à manches qui le serrait beaucoup plus qu'un manteau normal.
Il se sentait à l'étroit, se trouvait ridicule dans ce malheureux déguisement. Mais Yves lui dit en souriant:
-" T'as plutôt la classe toi! Un canon en plus. Tout te va! Un vrai mannequin."
-"Un mannequin?"
-" Un top model quoi. Tu sais, pour présenter les collections de prêt à porter et de haute couture."
Edgar ne comprenait absolument rien. Il partirent s'asseoir un peu plus loin, et Yves commanda deux bières. Edgar ne dit rien mais il la trouvait bien fade. La bière que faisaient les moines était bien plus savoureuse. Il reposa des questions au sujet des mannequins et Yves lui expliqua tout. La mode, le style, les mannequins, les défilés, les photographes. Edgar était de plus en plus intéressé. Lui qui avait toujours adoré passer des heures chez son tailleur, parler avec lui des nouveaux tissus venus d'orient, des nouvelles couleurs, des nouvelles teintures inventées, il était passionné par ce que lui disait Yves. Ce dernier lui racontait qu'il était lui même créateur de "haute-couture" comme il l'appelait. Il proposa alors à Edgar de l'emmener à Paris pour lui montrer son travail et peut-être, lui proposer un emploi.
Au fond de lui, Edgar avait honte. Avait-on déjà vu un Marquis travailler? Mais il était si excité à l'idée de commencer cette nouvelle vie qu'il oublia tout cela bien vite.
Quelques six mois plus tard, Yves avait créé, avec l'aide d'Edgar, une nouvelle collection intitulée "Princesses et Chevaliers". Les vêtements étaient un mélange entre les goûts et habitudes d'Edgar, et les besoins de la mode du 21ème siècle.
Puis, après avoir racheté le château d'Edgar et l'avoir nettoyé, ils organisèrent un grand défilé dans le parterre du Château de Cormatin.
Edgar avait retrouvé son château et défilait habillé en chevalier moderne, son rêve de toujours...
4 commentaires:
wicked!
Let me guess... Yves vient de Saint-Laurent? ;)
Et Marc là dedans, il fait comment sans son châââteau ?
Haha excellent -> "T'as plutôt la classe toi! Un canon en plus."
...Peu crédible venant d'un Yves St Machin, mais completement venant de toi!!;)
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