L'histoire d'Édouard

Perdu au rayon “dessous masculins” des Galeries Lafayette, Édouard erre.
Intérieurement, il maudit cette voix hystérique qui scande sans fin ;
-“ Génial c’est la rentrée pour les petits et les grands! Et pour tous c’est -5% au rayon blanc!”
Soudain dans son dos, une voix plus familière le fait sursauter :
-« Alors mon lapin, tu trouves ton bonheur ?.. il faut que tu essaye ce pull, regarde…"
Rouge et furax, Édouard se retourne ;
-« Maman !!! Arrête avec ce surnom ridicule à la fin !! »
-« …Mais… mon chéri…. »
-« Allez ça suffit, on prend tous les pulls que tu veux, on paie et on sort d’ici, ok ? »
Sans lui laisser le temps de réagir, Édouard arrache le pull marronâtre du bras de sa mère mais le laisse retomber immédiatement ;
-« Haaaa !! » le jeune homme sautille à présent en secouant sa main droite ;
-« Rhaa mon doigt !! y’avait encore une épingle, ça pisse le sang !!! »
Devant ce spectacle sa mère, les yeux au ciel, soupir et ramasse le pull :
-« Enfin, ce n’est pas la fin du monde quand même, allez je crois que ça ira pour aujourd’hui, je file à la caisse, et tu m’attends dans la voiture, d’accord ? »
Son index dans la bouche, Édouard grommelle un « mouais » et se dirige en traînant des pieds vers la sortie sans remarquer les gloussements des vendeuses.

Il est 23h ; « cette journée maudite s’achève enfin! » songe Édouard.
Bien au chaud sous sa couette il soupir d’aise …ses paupières se font lourdes…
Mais un picotement de plus en plus gênant se réveille au bout de son doigt…
impossible de l’ignorer, Édouard se tortille, se tourne dans tous les sens.
Il finit par allumer sa lampe de chevet, sous la lumière pâle sa main est rouge, son index très enflé avec des petites marbrures violettes. Édouard étouffe un cri, se lève d’un bond et file à la salle de bain plonger sa main sous l’eau froide. Il est maintenant pris de vertiges, et, alors qu’il relève la tête … il suffoque presque…. ce reflet dans le miroir…est-ce bien lui ?...
Édouard se rapproche de la glace et constate avec stupeur que son visage semble avoir minçi. Ses cheveux mi-longs d’habitude en bataille sont étrangement partagés par une raie en zig-zag, et ses yeux sont agrandis par deux traits épais de khôl…
Certain d’être victime d’une forte fièvre hallucinatoire le jeune homme se passe plusieurs fois la tête sous l’eau froide, se frotte les yeux…mais en vain.
Désemparé, il rejoint sa chambre sur la pointe des pieds et cherche désespérément à se rendormir, persuadé qu’une bonne nuit de sommeil devrait résoudre ses maux.
Pourtant c’est plus fort que lui, ce « nouveau lui » l’intrigue, et il se retrouve bientôt devant sa glace à s’observer sous toutes les coutures…
Il a grandi de plusieurs centimètres, il a pris du muscle et des épaules, ses pommettes sont plus seyantes…et lorsqu’il ose enfin sourire à son reflet il s’étonne de voir face à lui un jeune homme des plus charmants…le genre qui au lycée, capte les regards des filles.
Débute alors une longue série d’essayage. Discrètement, Édouard ramène de la chambre de son frère aîné très porté sur la mode, des montagnes d’habits de toutes sortes… et passe la nuit à combiner toutes les tenues possibles.
Il finit par arrêter son choix sur un ensemble détonnant lui donnant des allures de chevalier moderne, alliant l’aspect noir « vinyle » d’un blouson à la douceur d’un pull cachemire (autrement raffiné que le pull atroce acheté l’après-midi même), sur un jean brut un peu grand, avec enfin à ses pieds les bottes style « army » fétiches de son frère, qu’il ne prend pas la peine de lacer. Pour rire, il agrémente même sa parure d’un pendentif indien que lui a ramené son oncle du Venezuela.
Ainsi vêtu, à la lueur de la lune, Édouard défile devant sa glace et songe aux ravages qu’il ne manquera pas de causer demain, dans la cour du bahut.

Au petit matin cependant, toute trace de cette folle nuit a disparu, il est de nouveau ce garçon au visage encore un peu rond et à la silhouette dégingandée, et plus une trace de khôl ne souligne son regard. Les habits qui jonchaient le parquet ont disparu.
Enfin, un ; « Édouard, debout mon canard !! Le petit déj’ est prêt, dépêche toi de descendre ! », achève de confirmer son dur retour à la réalité.
Il se résigne, dépité, et se dirige d’un pas lent vers l’escalier.
Et alors qu’il entre dans la cuisine, sa mère, rayonnante, le gratifie d’un large sourire avant d’ajouter comme chaque matin ;
-« Haaaa voilà le plus beau ! ! ».

1 commentaire:

Clem a dit…

SOOOOOO GOOD

tout le monde a rêvé d'une transformation pareille la nuit...

Edouard chevalier devrait pouvoir se transformer toutes les nuits et sortir draguer des filles!!!